Est ce que participer aux vacances des clients c’est être en vacances soi-même?
C’est la question plutôt blessante posé par l’entourage proche ou familial. Là où les clients posent plutôt la question suivante :
Vous faites un beau boulot mais vous devez finir crevé
Question plus proche de la réalité posé par des personnes au contact de l’activité professionnelle.
Cette digression d’entrée permet d’expliquer pourquoi je reviens en vacances exactement là où je bossais une semaine avant pour faire sensiblement les même parcours. Le plan était pourtant d’aller faire du kayak et du canyon dans les Dolomites. Malheureusement la sècheresse généralisée de cette fin d’été 2026 et le prix toujours plus hallucinant des carburants poussera à revoir les plans. On s’est posé la question de rester en France mais la proximité de la frontière est toujours tentante, surtout que c’est toujours agréable de voir les voisins italiens. Où aller en Italie? ressemble un peu à amener un enfant dans un magasin de jouet tellement le choix est vaste dans les activités.
De mon point de vue, le val d’Ossola est celui qui concentre le plus d’activité au même endroit. Une cinquantaine de canyons, une trentaine de falaises, de l’eau vive, du VTT, via ferrata le tout dans un cercle de 30km à vol d’oiseau. La vallée n’est pas la plus belle mais elle a l’avantage aussi de profiter de prix italiens et pas touristiques.
Alors quelle est la différence entre le boulot et les vacances si c’est les mêmes plans sensiblement? La première pensée que j’ai est : les horaires. Envie de flemmer le matin, pas de problème. Envie de repartir à 18h sur un nouveau plan, pas de problème. La seconde est le matériel. Fini les EPI lourds pleins de normes, on prend la Dyneema, le sac perd la moitié du poids et conséquence, on va beaucoup plus vite, ce qui permet de pousser l’allègement sur l’habillement et augmente drastiquement la mobilité.
Bref la même chose mais léger, rapide et sans horaire à tenir.
Premier jour, on prend la route bien plus tard que prévu. Grosse fatigue après le travail la veille, envie de dormir. Pas mal de bouchons sur l’autoroute. On programme un petit canyon à l’entrée de la vallée qui m’a toujours intrigué : Bettola. La marche d’approche est avalée dans la chaleur étouffante de cette fin de canicule, la combinaison restera dans le sac pour profiter des grands rappels en goulotte tout mignons et bien équipés. Le soir pizza et bivouac perturbé par les dealers du coin. Récupération moyenne
Second jour je prévois un autre canyon de seconde zone, Robana, qui lui aussi m’intrigue. On le fait à la fraiche le matin et c’est mignon tout plein avec de l’eau même pas froide.
Il nous reste du temps pour l’après-midi et je pars faire découvrir Isorno à Julie qui m’en a beaucoup entendu parler. Marche d’approche depuis le bas plus longue que la veille mais moins chaude, tout aussi raide. La fatigue est là parce qu’en quelques minutes Julie laisse tomber son casque et je tombe lourdement en glissant sur un rocher même pas glissant. Le canyon est toujours aussi beau et on le fait suffisamment rapidement pour finir au soleil. Le bivouac du soir sera bruyant non loin des carrières mais avec du réseau parce qu’il faut qu’on se coordonne pour le lendemain.
Troisième jour, Lorenzo nous rejoint au bivouac avec plein de matos dans sa voiture et sans plan spécifique. Ma hanche me fait mal et je préfère un canyon avec une navette. Du coup retour à Mondelli en faisant cette fois le médian + l’aval que je ne connais pas. On avale super vite le médian, je croise ma progression avec les conseils du local des lieux qui me montre d’autres subtilités que je ne connaissais pas. On part dans l’aval super vite au point de rattraper une équipe partie plusieurs heures avant nous. Ca nous causera un peu de froid pour l’attente mais donnera encore d’autant plus l’envie de retourner manger un pizza au chaud. Bivouac super calme à la fin de Robana qu’on a repéré la veille.
Quatrième et cinquième jour, on change d’activité pour une reprise douloureuse de l’escalade après un an de pause suite à une vilaine tendinite au coude. On part à Cadarese qui n’est vraiment pas idéal pour une reprise en douceur. C’est un site de trad connu du nord de l’Italie sur un gneiss de qualité et ressemblant beaucoup à Annot avec des vires suspendues. On croise de sympathiques italiens qui nous partagent le topo et quelques betas, quelques germaniques plus austères sans être désagréables. C’est finalement pas si dur que ça la reprise et la technique est toujours là. La force aussi après la saison mais l’endurance est elle resté en vacances, on fera 4 ou 5 voies par jour avant de descendre prendre la douche à la restitution des sources thermales au pied des voies.
Dernier jours, les muscles tirent et on se dit qu’une via ferrata permettra de se reposer. Grave erreur, on est en Italie et cette activité née des manœuvres militaire a un sens beaucoup moins ludique que chez nous et consiste à monter au plus efficace en altitude. On fait la via Walserfall qui remonte le canyon d’Arago et les différents murs finissent de fumer les bras après deux jours d’escalade. Retour dans la vallée et le tenant du bar nous indique que 19 personnes ont été évacuée récemment car plus de physique pour finir. C’était bien classe et prochaine fois on ira un peu plus frais!
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