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Déjà on va commencer par une petite visite de ce qui se pratique en escalade pour remettre les choses dans le contexte pour les lecteurs habitués de ce blog. Parce que dans cette activité les pratiques sont vaste, les points de vue et les éthiques aussi. Je ne prétend d’ailleurs rien proposer ou remettre en question mais juste donner quelques explications utiles. Etant naïvement persuadé que tous le monde peut cohabiter et varier ses pratiques afin d’être polyvalent et d’en tirer le plus grand plaisir.

En fait l’escalade comme les autres sports que je pratique est assez « sectarisée », j’entend par là que le grimpeur n’existe pas: Il y a le bloqueur, le falaisiste ou le grande voïste. En snowboard on retrouve de la même façon le randonneur, l’alpin, le freerideur ou le freestyleur, en skate : le streeteur, le longboardeur ou le slalomeur.

Alors les classes sont :

la falaise, la couenne, l’école d’escalade: c’est ce qui se fait le plus chez nous. des falaises équipées de spits ou de broches sécurisant les voies et en donnant l’itinéraire.

le bloc: très court passage d’escalade se pratiquant sans corde où les difficulté sont concentrée sur un minimum de mouvement.

la résine: l’escalade adapté à la ville, on grimpe en salle sur des prises artificielles. malheureusement trop de monde ne connait que cette vision.

la grande voie: un enchainement continu de plusieurs longueurs équipées

le clean climbing, le terrain d’aventure ou l’escalade traditionnelle: terme vaste regroupant l’escalade sur protections amovibles laissant le grimpeur face à son choix d’itinéraire

les voies partiellement équipées: un mélange de trad et de couennes, on sécurise par des spits les passages improtégeables.

l’artif: gravir une voie grâce à des outils permettant de franchir ce qui ne passerait pas en libre

le mixte: se pratique à la main ou avec piolets entre le rocher équipé ou à sécuriser soi même et la glace à sécuriser sur broche. c’est un mélange de libre, d’artif et de glace

la glace: grimper sur parois de glace avec du matériel spécifique.

j’en oubli….

J’ai toujours pratiqué tout, à des niveaux différents, en snowboard je suis un mauvais freestyleur et bon alpin mais ça m’empêche pas de m’amuser sur les bosses que je trouve à tenter des rotas ou à rider en switch. pour moi l’essence d’un sport est d’en connaitre toutes les  facettes et même en les connaissant ce serait se restreindre de se donner le titre de « grimpeur », « canyoniste », « longskateur » ou encore « snowboardeur » et même les qualifications de « freerideur » ou « d’outdooriste » pourtant ouvertes, enferment encore le passionné dans une case.

Je veux en venir où? vous vous demandez. Je veux en venir que franchir ses barrières permet de gouter à un plaisir de liberté rare qui finalement aujourd’hui nous échappe. Dans l’escalade on fait de la falaise, on fait de la salle, on fait du bloc mais on considère que le « clean climbing » qu’on appelle « escalade traditionnelle » en français est reservé à des extrémistes barbus et sectaires et que c’est pas bien. En plus si on spitte des voies de trad on se fait mal voir, non mais, ils n’acceptent pas l’évolution ou quoi?

Moi je vois plutôt le contraire. avoir besoin de spitter une voie pour la grimper est terriblement contraignant et ôte toute liberté à l’individu, il se créé ses propres frontières. Un exemple pour illustrer mes propos.

Il y a deux ans avec ma copine nous avons passé une semaine en corse, j’ai donc acheté le topo du coin, très bien foutu et qui donne envie. Mais sur place j’ai vu des dizaines de falaises vierges, toutes plus belles les unes que les autres et pour trouver un spot équipé fallait faire une quinzaine de kilomètres de là où l’on était garé bien souvent. Ce cas s’est précisé sur la place de ficajolla dans le site exceptionnel de Piana où une falaise dominait l’eau sans équipement, rayés de fissures, d’écailles et de tafonis. Ma reflexion a été si j’avais quelques coinceurs je pourrais grimper et faire un rappel depuis l’arbre là haut, mais qu’est ce que je vois??? une sangle dans l’arbre??? quelqu’un là déjà fait!!!

Depuis ce jour là j’ai réalisé que je n’aurais pas eu de limites avec quelques protects amovibles. Et surement que j’aurais pris un gros plaisir à grimper sur une falaise que je découvrais et à laisser ce même plaisir à celui qui passerait derrière moi. Le plaisir de choisir sa ligne sans être obligé de rester dans les spits, le plaisir d’imaginer, de créer un mouvement éphémère.

En parallèle j’ai commencé à grimper en glace. Investissement lourd de broches mais qui m’a permis de grimper là où ça me chantait. pas besoin de topo si ce n’est pour savoir qu’il existe une nouvelle ligne. On voit une cascade, on grimpe.

Aujourd’hui en grimpe j’ai cette vision des choses. Grimper une falaise équipé me plait, le bloc aussi, aller sur la résine quand il pleut est sympa et poser mes protects me plait. J’ai la sensation d’être libre.

Le problème réside donc dans les espaces de liberté, si on enlève de suite les parcelles privés, les zones règlementées, le rocher pourri ou carrément là où il n’y a pas de rocher, ça fait de suite moins de place.

prenons ensuite les particularités des roches elles même:

le calcaire est plus ou moins compact selon les endroits, quelques fois strié de fissure, de gouttes, de trous, de colonette il s’est formé par l’abrasion et par la dissolution ou solidification par des éléments extérieur.

Le granite est souvent bien compact, ses seules lignes de faiblesses sont bien souvent des fissures très propres. quelques fois quand c’est plus couché ce rocher se prête bien à l’adhérence ce rocher est très dur fracturé et change peu dans le temps.

Le grès c’est du sable aggloméré, il a beaucoup de variante en fonction de son liant qui lui donne des résultantes assez variable. des trous quand c’est sableux, fissures quand c’est compact, il peut s’emousser et s’arrondir, c’est une roche complexe.

la possibilité de sécuriser selon les roches varie beaucoup. En calcaire tant que le rocher est bien fourni de prises, ça reste facile à protéger et à grimper dans des niveaux accessibles, mais très vite les prises diminuent et deviennent réglettes et bi-doigt et ça ne se protège plus bien. c’est pour ça que le calcaire se prète mal au trad. Mais beaucoup d’itinéraires d’aventure historique sont en calcaire néanmoins. c’est le rocher le plus fréquent en france.

le granit se prète bien au trad tant qu’il est fracturé, dès que ça devient dur à protéger, les spits font logiquement leur apparation dans les dalles ou dans les micro fissures où rien ne rentre.

le grès a les même particularité que le granit à une exception, c’est qu’il y a bien souvent des reliefs permettant de sécuriser quand même.

Et comment c’est ailleurs?

Les états unis: au yosemite ou en utah les différentes pratiques cohabitent. escalade sur spit si la voie est improtégeable, artif sur piton si la voie ne passe pas en libre sinon la plupart des voies se grimpent sur coinceurs.

Le royaume uni: par exemple au peak district ou au ben nevis, les pratiques sont très rigoureuses avec une éthique très stricte moins extrémiste qu’avant mais effrayante pour un français.

L’australie: aime beaucoup mixer les protections. des spits sans plaquettes dans les passages improtégeables (la plaquette faisant parti de l’équipement amovible), des friends là ou ça se pose.

Le chili au le cerro torre: la voie qui aurait libéré le sommet a été totalement planté de pitons grâce à un compresseur. depuis les itinéraires ont été refait avec de l’équipement amovible mais avec quand même la pose de piton.

L’italie au val di mello, val d’orco par exemple: les dolomites ont aussi une éthique très stricte sur la plupart des voies historique. pitons ou spit là où c’est obligatoire sinon en libre et avance!!

La corse à bavella, capu d’ortu : hormis quelques classiques sur spits, la plupart des voies n’ont de protections à demeure que dans les parties insécurisables autrement

L’allemagne: surement l’éthique la plus stricte vu que dans les voies même les coinceurs sont prohibés pour pas abimer le rocher. les grimpeurs utilisent des noeuds coincés!!

La jordanie au wadi rum on assiste à la même réflexion.

Beaucoup d’exemple prouvant que des voies mythiques et parcourues peuvent exister sans protection pérennes.

Un excellent article à lire sur Nice climb

en rapport avec la choucroute : comment faire des gants pour les fissures

Donc si on vous demande pourquoi les fissures d’annot ne sont pas équipés, bah allez d’abord faire les 150 ou 200 voies sur broches scellées, les 1600 problèmes de blocs ensuite vous verrez qu’une cohabitation existe bel et bien. Le début d’un respect de l’éthique en france???

Si quelqu’un a un reproche à me faire sur ce que j’ai écris, pas de problèmes, j’ai beaucoup à apprendre encore et je suis ouvert aux discussions alors n’hésitez pas.

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  1. jam's dit :

    tres belle chronique et tres intérésente … freeride forever !

  2. martine.m dit :

    Je me proclamerais volontiers « La Grande Voïste »… mais ça ferait trop marrer ceux qui me connaissent !!
    Mes grands moments d’adrénaline, mes plus grands bonheurs d’escalade ont été en Grande Voie, en Tête, et à vue… quand tu ne vois pas le point suivant, que tu dois deviner le cheminement, et que ça passe! Je comprend donc très bien votre attrait pour le trad. La falaise est juste un bon moyen de s’entraîner.
    merci pour cet article très interessant, et particulièrement réconfortant un jour de pluie au boulot !! mm

  3. guillaumecoquin dit :

    en fait les pratiques sont complémentaires en « entrainement » pour le trad quand on y pense bien. mais le bloc et la falaise ont eu leurs propres histoires qui a fait que ce sont devenu des aboutissements de la performance pure en faisant oublier que ça ne pouvait être qu’une étape.

    l’idéal étant de ne pas se formaliser et de pratiquer librement comme vient la motive.

    pour jams=> le freeride en soi-même pose une limite dans le « ride » si tu ne ride pas tu n’en fait pas parti, en anglicisme je dirais free-life ou free-practice

  4. agecanyonix dit :

    Salut,
    en tant que couenneur pro clean climbing, canyono-ferrato-spéléo-dirtsurfo-skikeur à tendance free ride, skateur sur neige, parapento-delto-kiteur, vététo-kayako-oenoloque, planteur occasionnel de clous, spits et piolets, je ne peux qu’applaudir cette profession de foi. Bon article et belle brochette de friends.

  5. guillaumecoquin dit :

    hihihi t’a pas vu les autres ce qu’ils ramènent des fois, genre la même collection mais exclusivement en « aliens ». et ça fait ch*er de me dire qu’il me manque des petites tailles genre c3 ou metolius ou aliens et les grosses tailles spécial offwith au delà du n°4. mais les nouveaux bébés arrivent et il manquera plus que les petits… les moins urgents

    c’est quoi le skike à tendance freeride? c’est pas du kite avec des patins à glace super long sur les lacs gelés? je sais que ça se fait par chez toi.

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