En passant la frontière, je réalise que c’est la huitième fois que je viens en Albanie. Je me pose la question de pourquoi ici et pas ailleurs et très rapidement les habitudes reviennent. J’achète une carte SIM locale et la dame qui gère mon forfait fait aussi superette et café, elle paramètre mon téléphone en français tout en parlant avec un papi qui achète des légumes et en faisant tourner la machine à café. Le tout sans stresser, au ralenti sauf que 5 minutes après tout est fait et qu’elle gère une autre tache. L’Albanie c’est le pays de la débrouille, tout est facile, pas de stress, ça va bien se passer.
A cet instant je sais qu’on vient de franchir un virage dans nos vacances, on passe du « fais pas ci fais pas ça et donne moi de l’argent » à « bienvenu mon ami, qu’est ce que tu fais ici? ». L’Albanie c’est simplifier les choses et revenir à l’humain, voilà pourquoi j’ai tant aimé le pays des aigles.
Il y a quelques années, on a été deux ouvreurs de canyons à se tirer la bourre dans une compétition ridicule à qui devait être légitime. J’ai vite lâché l’affaire, moins de temps disponible, moins d’argent et surtout je sentais que ma place n’était pas d’ouvrir ou d’être le meilleur mais d’aider à ma manière des gens qui en avaient besoin. J’ai sorti mon livre en premier, autant par égo après m’être senti volé que par envie de lancer une dynamique pour tous ces gens qui m’ont ouverts la porte de leur maison et auxquels je voulais renvoyer la balle.
Ironiquement, j’ai le livre de l’autre ouvreur avec moi, je veux voir ses découvertes avec humilité mais deux heures après avoir passé la frontière, le ciel devient noir de nouveau, les nuages déversent des millions de litres d’eau et on quitte Shkodër avec de l’eau jusqu’au pare-chocs sachant qu’on ne fera plus rien ici avant des jours.
On roule jusqu’à Durrës, On mange au bord de la mer déchainée où un farfelu fait du pédalo dans la houle. On cherche du gaz mais impossible de changer ou recharger notre camping-gaz. Comme d’hab les albanais trouvent une solution est c’est avec une bouteille locale qu’on continu le voyage. On hésite entre Gramsh, Çorovodë et Permet, on choisi la dernière option, tant pis pour la découverte, on a besoin de soleil et d’en finir avec la pluie qui n’en fini pas depuis deux semaines. Au sud les prévisions sont au beau fixe. En fin d’après-midi, on passe le pont de dragot et on remonte les basses gorges de Vjosa.
La Vjosa coule tranquillement, toute verte sous le soleil, on imagine faire du canyon mais le train avant du Trafic nous fait comprendre qu’il faudra rester modeste, on gonfle les packrafts et on se laisse flotter dans cette gorge facile mais si belle. On sort à la nuit, prêts à faire la navette à pied mais des voyageurs allemands nous récupèrent et nous posent au départ. Les jours suivants se suivront et se répèteront avec d’autres navigations. On verra nos amis Dona et Ben. Ils nous apprennent que leur fille est la première guide féminine d’Albanie avec une fierté touchante. Nous on est heureux de voir leur petit camping avec du monde et Ben partir chaque jour sur l’eau avec des groupes. Que de chemin parcouru, je suis ému. On fini par partir plus au sud, à la frontière Grecque. Nos amis spéléo nous on parlé d’une grotte sulfurique exceptionnelle.
La spéléo c’est quand même le monde le plus petit et le plus incroyable qui soit. On est au fin fond de l’Albanie dans une grotte qui pue l’œuf pourri et on se débrouille pour rencontrer des gens qu’on connait. C’est je pense une des rares activités au monde qui fonctionne avec un réseau aussi inclusif. Au bivouac on croisera des polonais qui partent, des roumains qui arrivent, des italiens avec qui on discute et nous français un peu paumé, j’adore.
La grotte en elle même est incroyable sous le plan biologique avec plusieurs espèces endémiques et géologique, c’est quand même une source d’acide sulfurique avec des plafonds à plus de 30 mètres.
Pour notre dernier soir en Albanie, on fait un petit feu. Quel plaisir de faire cet acte simple sans risquer l’opprobre générale, les fées de feu se mêlent aux étoiles. Quel jour on est? On ne sait plus trop bien, on est juste bien
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