Sur la route des Balkans : Dolomites

Ce qui est rigolo c’est qu’on se dit que les Dolomites sont loin de chez nous en temps normal alors qu’en regardant la carte, c’est finalement pas si loin comparé au Péloponnèse. Première étape de route, la plus longue d’un seul coup pour aller sur les rives du lac de garde à Arco. On y fera une petite grande voie, la Via Sole Mineur à Ponale. Sympathique pour reprendre la gestuelle d’escalade avec une belle vue sur le lac, un calcaire magnifique, bien équipé. On croisera pas mal de cordée dont quelques-unes clairement antipathiques aux accents de « verbotten ».

Le Verbotten est une personne issu d’un pays où fleurissent les panneaux d’interdictions et les usagers prêts à dénoncer à la police n’importe quel comportement même tout a fait légal. Typique de la Suisse ou l’Autriche qui en ont fait une excellence.

Pour mieux comprendre, dès le parking on croise des gens, on leur dit bonjour, ils ne répondent qu’en grommelant en nous regardant de haut. Ils ont un plus beau van, du matos nickel, je ressens l’impression d’être un bouseux. Cette cordée va au même endroit que nous et s’approprie un peu le pied de voie avec un air dédaignant nous obligeant à nous replier sur une voie voisine qui finalement s’avèrera bien sympathique. On a probablement dû finir les 6 longueurs au moment où il quittaient le premier relais.

Une fois la voie finie, on va au bord du lac se baigner, manger une glace, simplement profiter des vacances. La météo laisse un court créneau beau avant une perturbation alors on prend la décision d’aller dans les vraies dolomites à 1h30 de route pour faire de la grande voie aventureuse. Sauf qu’il y a un accident sur la route et que le trajet devient un chemin de croix de plus de 3 heures. Le trafic commence son sketch avec des bruits inquiétant

Renault, chaque jour un bruit nouveau

Lors de la route au bout du cric, je comprend que le voyage ne se fera pas sereinement, le jeu détecté la veille de partir est probablement un roulement en train de lâcher. On peut rentrer ou compter sur les mécaniciens locaux pour changer le roulement si nécessaire. On choisit de continuer. On arrive vers le col de Sella dans la nuit, il fait bien froid, si les 6 semaines sont aussi fraiches, ça promet.

Via Rossi et via ferrata sella Via Rossi et via ferrata sella Via Rossi et via ferrata sella

Le lendemain on décide de partir dans la Via Rossi, cotée IV, normalement on devrait bien s’en sortir. On ne connait pas le style local mais on connait sa réputation alors on commence modestement. On trouve l’attaque sans problème et on réalise vite que c’est du vrai terrain d’aventure balisé de quelques pitons. Je grimpe souvent ce type de terrain donc ça devrait aller. A tel point que je fais les 7 premières longueurs en chaussures d’approche. Une longueur me pose problème, non pas que ce soit dur, c’est un dièdre légèrement déversant plein de bacs énormes mais impossible de compléter avec mon jeu de micro coinceurs et j’envole entre 5 et 10 mètres entre chaque piton historique. Je commence à comprendre que ce sera mental cette affaire. L’avant dernière longueur, identique en cotation m’impressionne depuis le relais, ça traverse sur une dalle avant de finir sous un surplomb gazeux. Rien de dur encore une fois mais très peu de protections en place ne peuvent retenir une chute et impossible de compléter quoi que ce soit. Je clippe donc les lunules de quelques millimètres en avançant précautionneusement avec un vide qui ne fait que grossir. J’arrive au relais soulagé mais ce dernier n’est constitué que d’un piton qui doit avoir 50 ans et d’un câblé que j’ai positionné correctement. Tout se passe bien mais c’est mentalement usant. Je repense à un grimpeur que j’ai côtoyé qui m’avait accueilli en haut d’un grade 5+ en glace d’un :

Tu est faible dans ta tête

Je me rassure en me disant que j’ai bien progressé sur ce sujet mais j’accepte mon impression. La redescente de la voie est aussi rassurante en passant sur des bouts de via ferrata complétement rouillés. On finit par revoir les touristes et j’ai rarement été aussi content de les voir. Comme quoi les gens normaux font surtout des choses sensées.

Via Rossi et via ferrata sella Via Rossi et via ferrata sella

Jour suivant on se réveille bien collés et on ne repart pas en grande voie. Le temps d’émerger et regretter la bouteille de vin bu à deux, on décide de partir en via ferrata. Vu l’heure on choisi un truc court sans enjeux. On recroise au pied un couple de verbotten qui nous donnera encore une fois une impression relative. Le mauvais temps arrive et les dernières prévisions optimistes laissent place au chaos.

Via Rossi et via ferrata sella Via Rossi et via ferrata sella Via Rossi et via ferrata sella

Pas de canyons donc, pas d’autres voie d’escalade ni de via ferrata, c’est sous un temps de plus en plus sombre et pluvieux qu’on reprend l’autoroute en direction de la Slovénie. Au passage j’ai choppé une crève carabinée qui nous impose une pause médicale à Belluno. Les Dolomites on y reviendra c’est vraiment trop beau.

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