Wadi Nakhr, aussi appelé Jabal Shams, la montagne du soleil est un endroit assez caractéristique d’Oman. Il s’agit du grand canyon d’Arabie qui, si il n’a pas la longueur de son homologue américain, doit le supplanter en terme de profondeur. Du sommet au village de Ghul (le démon) il doit bien y avoir 2300 mètres de profondeur.
Quel que soit l’endroit d’où on le voit, l’ambiance est sévère. Si on remonte depuis le village abandonné de Ghul, on va faire une dizaine de kilomètres de 4×4 dans un lit de rivière défoncé où les crues charrient des blocs gros comme des maisons. Si on arrive par le point de vue touristique, le vide est impressionnant et on ose pas forcément s’approcher du bord de la falaise. Dans les deux cas c’est grandiose.
Du coup on a prévu de faire une des rares répétitions de ce canyon. D’après son ouvreur ce serait la quatrième ou cinquième aventure par là bas. Khaled Abdul Malak l’ouvreur, l’a fait par le grand cassé de 400 mètres et par la ligne de rappel de l’éperon, un certain Franz Baumgartner, ouvreur en autre de Trummelbach et Gamchi l’a fait avant nous par l’éperon et nous serions donc les suivants. Je pense que d’autres équipes ont du passer, mais on a pas de traces écrites ni de connaissance par le réseau.
Le début, fréquenté par les professionnels d’Oman, comporte une cascade de 50 et une de 180 mètres, chacune en fil d’araignée. On peut de là sortir par une via ferrata en rive gauche ou par le classique sentier de la balcony walk en rive droite.
La suite, c’est l’abîme de 400 mètres. Quelques mètres en paroi et c’est parti pour 385 mètres plein vide, c’est à l’heure actuelle le plus grand rappel en canyon connu au monde. Il est facile de comprendre qu’il n’est pas facile d’avoir une longueur de corde aussi grande, encore moins de la porter. La seconde option consiste à descendre par l’éperon rive gauche, une ligne de rappel exposée aux chutes de pierres avec quelques frottements de corde qui font froid dans le dos. Comme on a pas de grande corde, ce sera notre option.
On a tellement vécu de sketchs dans cette aventure que je vais même pas essayer de les lister. Il faudrait un compte-rendu par équipier. Je vais m’en tenir à un simple topo.
Pour trouver les rappels de l’éperon, il faut donc marcher presque une heure depuis le village abandonné en haut de la grande cascade en rive gauche, jusqu’au bout du bout. On trouvera là un départ de main courante mort exposé avec une dyneema cuite au soleil qui amène dans le dièdre sur un relais deux points. La vue est sympa, il y a plus ou moins 1000 mètres de vide sous les fesses.
50 mètres plus bas, on trouve un relais monopoint en main droite, totalement exposé aux chutes de pierres. de là 20 mètres avant d’arriver sur un éboulis suspendu et encore une quarantaine pour rejoindre l’extrémité de l’éperon où attendent quelques ancrages permettant de stocker un groupe complet.
De là un relais deux points avec une corde coincée indiquent la direction. Il faut basculer côté canyon donc main gauche en descendant, le frottement de corde craint carrément. Environ 50 mètres plus bas on trouve une minuscule vire avec un relais deux points en main droite relativement protégé des projectiles.
50 mètres plus bas, on retrouve un autre relais sur deux points, toujours légèrement décalé sur la droite et un peu plus grand. Moins de 50 mètres plus bas, le relais suivant est dans l’axe des pierres, sur monopoint. La vire est assez large pour stocker du monde. On relance une dernière fois la corde pour environ 30 mètres pour arriver sur une énorme vire un peu soulagé.
On est pas encore tiré d’affaire, il faut soit encore faire un rappel, soit désescalader pour suivre la vire au mieux jusqu’au canyon. Ce passage est un peu pénible. Sur la droite, une immense grotte se visite. On ira direct dormir au pied de l’immense muraille, le lendemain il fera jour.
Le second jour est beaucoup plus relaxant. Une première cascade se contourne par la gauche au sec par un rappel de 30 mètres et mène au départ d’une superbe cascade moussue de 80 mètres fractionnée en deux.
20 mètres avant le bassin, il y a moyen de partir dans un éboulis pour pas se mouiller. On retrouve des murets et des traces humaines. Ici aussi les omanais sont déjà venus. On marche un peu et on arrive sur un superbe encaissement avec une cascade de 30/40 mètres.
On peut contourner très loin en rive gauche par un rappel de 70 mètres ou pour les prochains équiper une très belle ligne de rappel depuis le bloc coincé. On arrive dans une salle avec un lac quasi souterrain de grande beauté. Il restera deux cascades de 20/30 mètres avant le village abandonné de Ghul et ses lots de touristes. En se retournant, on se dit que c’était quand même une sacré aventure.
A noter que quelques jours après nous, Franz Baumgartner est retourné faire le rappel de 385 mètres avec une corde dyneema et rappel largable sur fiddlestick. Bien plus rapide mais certainement assez engagé.
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