Sur la route des Balkans : Bosnie Herzégovine

Dans l’épisode précédent, nous étions en Croatie sous un énorme orage avec des prévisions meilleures dans les terres Bosniaques. Pourquoi ne pas être allé en Bosnie avant? Parce qu’on a pas tant d’informations que ça tout simplement. On ne sait pas si c’est parce que ce n’est pas la mode ou si il n’y a pas grand chose à faire. Le GPS nous fait passer au bord du lac de Busko, passer dans des Poljés d’altitude aux airs de Mongolie, passer au pied de la montagne de Čvrsnica. Notre première pensée est que la Bosnie est bien belle et bien plus ouverte visuellement que la Croatie et ses innombrables murets de pierre et forêts noires. On se demande si c’est les peuples qui ont façonné les paysages ou si c’est les paysages qui ont façonné les peuples. Cette pensée ne nous quittera plus jusqu’à la fin du voyage.

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On passe un col et la route descend une vallée sauvage, rude et austère et on butte sur un barrage routier. On nous explique des choses mais comme on ne parle pas la langue locale, on ne comprend rien à part qu’il y a eu un problème, en allant voir, il n’y a plus de route et on commence à comprendre, l’orage de la nuit précédente a emporté la route et on se doute qu’il doit y avoir de gros dégâts. On rebrousse chemin, on ne trouve pas grand chose pour s’installer au chaud et c’est presque deux heures de route de montagne plus tard qu’on arrive dans une ville, Posusje et qu’on se connecte au wifi. On reçoit des alertes météo sur le téléphone, plus de 20 morts, des vallées dévastées, plus de routes, l’armée, secouristes. De mauvais souvenirs de la tempête Alex et on ne sait pas trop quoi faire, on cherche un lieu pour poser le camion et on épluche google-earth sur une zone que je n’avais pas trop regardé. Lendemain il ne fait pas trop mauvais, quelques orages épars et on dort à quelques centaines de mètres d’un canyon inconnu de nos bases de données.

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Le lendemain sous un beau soleil, on gère le repérage et le matériel avant de s’engager, assez rapidement le temps se gatte et après une heure de progression on entend un bon coup de tonnerre, On regarde les échos satellite et l’orage tout proche semble passer à côté. On est dans un canyon inconnu qu’on ouvre au fin fond de la Bosnie et tous les secours sont occupés autant dire que les voyants sont écarlates. Seul point rassurant et fiable, il existe une via ferrata en rive gauche qui suit un ancien canal d’irrigation. Ce canal est souvent accessible et le repérage n’a pas donné de longues zones encaissées. On fait des sauts de puces en confirmant les échappatoires sur les vues satellites, c’est beau le progrès. Le soleil revient. On franchit les deux dernières cascades ou on trouve des goujons ; étrange qu’il n’y en ai que là. Derrière il n’y a plus qu’un lit de rivière sans intérêt alors on remonte la pente pour récupérer le canal et l’ambiance devient soudain électrique. On arrive au premier tunnel et c’est le déluge de pluie, de grêle et de pierres. L’orage est revenu.

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Mon avis serait de rester sous le point chaud et attendre que ça passe mais Julie n’a pas prévu autant de vêtements que moi et elle ne tiendra pas longtemps avant l’hypothermie. On remonte donc les tunnels et les courts passages de forêt. La pluie-grêle nous glace instantanément et je sens le plan plus ou moins bien géré glisser vers la situation dangereuse. La via ferrata devient de plus en plus exposée au vide et aux chutes de pierres et il n’y a plus de tunnels maintenant. Je me sens totalement vulnérable et je dois gérer Julie en pleine crise de nerfs. Le paroxysme sera quand il n’y aura plus de câbles à 80 mètres au dessus du lit du canyon avec les éclairs à quelques centaines de mètres. J’aimerais penser à ces récits d’alpinistes démunis mais en fait c’est le chaos autour de nous. Heureusement la pluie se calme, le passage s’élargit, on revient à la première cascade, dix minutes plus tard au camion, moteur en marche tout va bien. Ce soir on méritera notre hébergement en dur avec un chauffage.

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On obtient plus d’informations sur l’état des routes et toute la zone de Jablanica à la Tara monténégrine a été touché. On commence à en avoir vraiment marre de la pluie alors la décision est prise, on trace vers le sud, prochaine étape le Monténégro.

La Bosnie-Herzégovine, on y reviendra plus longtemps. Ce pays nous semble vraiment beau et plus facile que son voisin. Il mérite plus que de simplement y passer.

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